J18 : Un nouvel homme

Muktinath (3800 m)

21h31 : 3, 2, 1, GO. Le groupe de russe armé de la casaque blanche attaque la course en avance vers 4h30 suivi par le petit Français en solo avec sa casaque bleu 30 min derrière. Suivent ensuite les 4 Irlandais, casaques vertes bien sûr et bien loin derrière, l’équipe familiale Néo-Zélandaise avec leurs casaques bleues étoilées (oui j’aime les préjugés à deux balles). Le Français perd le peu d’avance qu’il a sur les Irlandais qui le rattrape très vite. Trop vite. Il se retrouve en 3ème position mais oulala coup du sort, les Irlandais se donnent à une séance d’étirement. Le Français repasse devant et dépasse les Russes en manque de souffle dans un virage. Incroyable. La machine Néo-Zélandaise grimpe à une vitesse phénoménale et avale tout le monde sur son passage. Le suspense est à son comble.

Bon OK fini les conneries, bien sur, ce n’est pas une course.

Vendredi 13 Mai 2011, aujourd’hui est un grand jour pour moi. Après tant de doutes, d’inquiétudes, de problèmes, de stress (non non là je ne déconne pas par contre). Me voici en face du fameux col du Thorung-La. Le point critique du trek des Annapurnas. Les 9 jours de marches qui ont précédé le l’attaque du col ont été riche en discutions et en légende alpine (à défaut de légende urbaine) sur ce fameux col. Tout le monde y pense et personne n’ose avouer sa peur. Entre les « Hier, j’ai vu l’hélico rapatrier quelqu’un » ou les quelques trekkeurs que nous croisons en sens inverses car ils n’ont pas réussi à passer le col, cela contribue à rendre la victoire plus belle.

Alors oui je vous entends déjà derrière votre PC à vous dire : « Mais voyons, ya plein de monde qui passe le Thorung-La sans en faire autant d’histoire ». Laissez moi vous répondre : « Oui certes et ce n’est point là de la vantardise, je vous livre simplement mon ressenti brut sur cette aventure et je vous prie de prendre en considération ma grande modestie » (on remarquera l’emploie d’un style soutenue).

Laissez-moi rembobiner le film à ce matin.

La nuit fût courte, en cause : l’altitude et l’excitation de la journée qui m’attend. Je me sens bien et en forme. Toujours pas d’appétit cependant à cause de l’altitude. Je me mets en condition mentale et commence la marche à 5h du matin. Départ : 4450m … l’arrivé : 5416m soit 1000m de dénivelé à peu de chose près. Je ne réfléchi pas vraiment et ne pense qu’à avancer en gardant toute ma confiance sur ma réussite. La pente est raide mais moins que ce que je croyais et j’évolue dans un univers de roche. Plus de sentier, on se réfère au divers chortens (petit tas de pierre pour indiquer le chemin à suivre). J’avance très lentement et prend bien le temps de respirer pour ne pas être malade plus haut. J’arrive au High Camp 1h30 plus tard où je me repose et prend un thé. Je rejoins finalement le groupe des Irlandais pour finir la marche ensemble (on a un peu la même couleur de cheveux alors bon …). J’accélère un peu le rythme pour pouvoir les suivre mais les pauses sont plus régulières sur le trajet donc tout vas bien. Je regarde régulièrement ma montre pour savoir l’altitude et je m’amuse à dépasser les sommets des Alpes un par un. Arrive à ma montre le fameux 4807, le Mont Blanc. C’est une joie que je partage avec les Irlandais et pourtant, je regarde en haut et les sommets me dépassent de plusieurs centaines de mètres. Impressionnant. Nous passons la frontière des 5000 avec le même enthousiasme et nous nous concentrons pour finir les derniers mètres. La respiration commence à devenir difficile et les efforts sont intenses. Mon sac me semble de plus en plus lourd et nous marchons à la vitesse d’un escargot unijambiste (pourquoi pas !). Pourtant, l’altitude ne monte pas. 5100, 5120, 5140, 5150. C’est difficilement que nous passons les 5200 à ma montre mais nous gardons tout notre courage. Je me dis : « La fin va quand même être très dur ». Nous ne voyons toujours pas le col car il est toujours caché par un monticule que nous devons franchir. 5220 à ma montre. Nous passons un monticule et nous voyons devant nous les fameux Loung-Ta du Thorung-La juste devant nous, à peu être 40m au dessus de notre tête. Ma montre m’indiquait une altitude inférieure. Soulagement. Nous terminons tranquillement les derniers pas et nous nous félicitons mutuellement. Ca y est, j’ai enfin passé le Thorung-La. 5416 mètres d’altitude. Je n’avais jamais dépassé les 3100m précédemment (Mont Buet dans les Alpes). C’est toujours un grand moment quand nous arrivons à atteindre les objectifs que nous nous fixons. D’autant plus que oui, j’en ai quand même pas mal chié pendant le début du trek. Renaud et Fabrice peuvent en témoigner. Alors je profite de ce moment et je reste là à contempler le col. Pas exceptionnellement beau il faut bien l’avouer mais terriblement célèbre. J’en profite pour poser le Loung-Ta que j’avais acheté à Manang. Il flotte maintenant et à jamais dans le vent du Thorung-La et en y pensant ce soir, c’est comme ci j’étais encore un peu là-haut.

Mais l’aventure ne s’arrête pas là car après les 1000m de dénivelé positive, nous devons attaquer la descente jusqu’à Muktinath, 1600m plus bas. Et c’est finalement la descente qui est le plus dure car après 6 jours de monté, les muscles sont habituer à cet effort mais pas à la descente. Les genoux cognent et la pente est raide, très raide. Je suis souvent emporter par l’inertie de mon sac à dos et j’ai du mal à m’arrêter. Bref ce ne fut pas un moment de grand plaisir. La vue n’est pas formidable et nous nous empressons de descendre car nous avons faim. Nous passons à travers la grêle et nous nous réfugions enfin dans un « restaurant » (qui dans les montagnes népalaises ressemble plus à une étable) pas très loin de Muktinath. Nous sortons rassasier et à notre grande joie, le soleil est revenu. Quelques pas supplémentaires et la vallée de Muktinath s’ouvre à nous. Exceptionnel et c’est un panorama magnifique que nous avons sous les yeux. La ville sacré Muktinath nous apparait comme une oasis dans ce monde fait de roche. Nous arrivons enfin à notre Guest House (Bob Marley Guest House), pas très locale mais ça fait du bien d’entendre autre chose que de la musique indienne. Nous fêtons enfin notre ascension à coup de bière. Pas trop quand même, nous sommes toujours à 3800 mètres d’altitude. Viens ensuite le renouveau pour moi. La douche. 3 jours que je n’en avais pas pris car les nuits était froide et ne parlons pas de l’eau. Je reste bien 30 min à profiter de l’eau chaude et je me sens comme un nouvel homme. Près à attaquer le Thorung-La dans l’autre sens. Ah en fait non, après la douche vienne les courbatures et mes jambes sont comme du bois. Je monte difficilement les escaliers pour aller me coucher. Cette fois je suis sûr que je vais bien dormir, des rêves d’altitudes plein la tête.

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