J96 : Et le ciel s’ouvre pour moi

Dans le but de vous mettre dans l’ambiance calme de la haute montagne, je vous propose cette petite friandise auditive qui,  je l’espère, ravira vos sens pendant cette lecture :

12ème jour de marche

Gorak Shep (5150m)

11h24 : Oh non, la journée n’a pas forcément bien commencé. Pas trop mal non plus mais le temps n’était pas au rendez-vous. Je pars à 5h du mat de Lobuche pour cet fois espérer avoir une bonne vue sur le parcours, spécialement sur le Pumori qui n’a montré que sa silhouette hier. Sacré montagne ! Je pars donc avec une belle vue sur le Cholatse, le voilà :

Cholatse

et le Nuptse, le voilà :

Nuptse

et reprend la marche d’hier. Le pumori est encore là devant moi en partie dans les nuages.

Pumori

Un peu d’angoisse d’avoir encore ce mal des montagnes mais il faut bien tenter. J’avance à un petit rythme le long du glacier Khumbu quand soudain, derrière moi, le nuage monte. Je ne vois plus le Cholatse qui se tenait bien fièrement bien fier derrière moi et le nuage me rattrape vite le long des parois abruptes qui m’entourent.

Dans le nuage

Le paysage s’efface petit à petit et je suis à nouveau dans une chambre grise qui ne laissera que mon imagination pour dessiner sur cette toile vierge les sommets qui m’entourent. Je repasse par les mêmes endroits qu’hier et je reconnais la reches, les chortens, les paysages.

Chorten

Je dépasse sans encombre mais avec un souffle de buffle l’endroit de mon abandon d’hier. Ouf, ma retraite et ma prudence d’hier auront payé. Je croise Anderson et son guide qui font chemin inverse. Accolade et échange de mail. Nos chemin se séparent à nouveau, ils descendent, je monte.

Anderson et moi-même

J’arrive à Gorak Shep à 7h du mat. Je m’installe dans le premier lodge où je prend un milk tea avant de continuer mon ascension vers la fin du trek de l’Everest : Kalla Patthar (5550m).

Gorak Shep

Les nuages m’ont doublés et forme un immense plafond à 6000 mètres d’altitude environ qui cache les cimes qui dépassent de loin cette altitude ici. Pas grave, c’est bon pour l’acclimatation. Je commence donc la montée raide vers Kalla Patthar. L’univers est minéral et ma marche solitaire est difficile. Le souffle court, j’avance péniblement, c’est très raide.

Montée vers Kalla Patthar

J’aperçois enfin le sommet de Kalla Patthar après 30 minutes de souffrance. Encore une bonne grimpette et ça sera bon. Illusions des perspectives cumulés aux effets du manque d’oxygène, Kalla Patthar semble inatteignable. Le sommet recule au fur et à mesure que j’avance. Ah quelle horreur, je continue et le souffle est de plus en plus court. Je dépasse l’altitude du Thorong-La, ma plus haute expérience Népalaise qui fut sur le tour des Annapurnas quelques mois plus tôt.

Kalla Patthar à droite

J’arrive enfin à Kalla Patthar sans grande émotion. C’est la première fois que j’atteins les 5550 mètres et pourtant, l’émotion du Thorung La était plus forte. Ici pas de col ni de sommet. Un simple éperon rocheux perdu face à l’Everest. Je grimpe les derniers mètres sur cet éperon et je suis pris de vertige. Le vide est tout autour de moi. Le rocher est glissant et assez incliné. C’est alors que je sors la phrase des plus grands films d’aventure : « Maman j’ai peur ». Et j’ai vraiment peur. Je suis coincé sur ce rocher où le vide s’est soudainement ouvert tout autour de moi. Allez je respire, deux trois pas d’escalade et c’est gagné. Je m’écroule dans les Loung-Ta seul au monde sur ce boût de rocher en équilibre avec le vide.

Kalla Patthar (5550m)

Bon d’allez pas vous imaginer une paroi verticale que j’ai bravement escaladé. C’est simplement un boût de rocher pas très large et incliné à 30° … et encore j’exagère. Mais la solitude et le vide qui l’entoure reste très impressionnant.

Vue de Kalla Patthar

Donc vous l’aurez compris, c’est avec la plus grande classe que je me suis collé au rocher de tout mon corps pour me hisser laborieusement au sommet. Les vallées qui s’ouvrent à moi sont monstrueuses. Je récupère de mes émotions encore écroulé dans le tas de Loung-Ta et reprend mes marques pour faire quelques photos. Quelques « photo courage » où je fais le fier sur le rocher alors que j’ai une trouille bleue.

Kalla Patthar

Je redescend toujours avec la plus grande grâce de ce rocher (Le cul par terre et on glisse doucement). Je m’apprête à partir pour redescendre vers Gorak Shep quand soudain … (et là je vais vous décrire de loin le moment le plus incroyable de ce séjour au Népal) … L’ombre du Nuptse apparaît, encore caché par une fine couche de nuage. Je reste bouche bée devant cette ENORME masse qui se découvre petit à petit. De loin la montagne la plus impressionnante que j’ai vu.

Devant le Nuptse

Et les nuages s’affinent, s’affinent, s’affinent pour découvrir toutes la chaîne devant moi. Le coeur de l’Himalaya, Sagarmatha en Népalais, Chomolungma en Tibétain, the mother of the sky, la mère des cieux, l’Everest jaillit devant moi.

Sagarmathaaaaaaaaa !!!

Le toit du monde est là devant moi, tellement proche, tellement inaccessible. Je n’en reviens pas. Le paysage est à pleurer.

BAM

Je deviens fou et je cours dans tout les sens pour cueillir les meilleurs clichés. Tout les filtres, toutes les expositions passent dans mon Reflex qui commence à faire la gueule après ce que je lui ai fait endurer. Je n’ai plus peur du vide, je n’y pense plus. Je saute de rocher en rocher. Ce spectacle est là, devant moi, pour moi seul. C’est le plus beau cadeau après 14 jours de trek, 12 jours de marche. Je me retourne et le Pumori est juste là, derrière moi, majestueux, si proche, tellement proche que je peux presque le toucher.

Pumori

Pumori et Kalla Patthar

Je suis pris d’un vertige devant ce spectacle intense de la haute montagne. La fatigue, la marche solitaire, l’accomplissement, la fin, l’apogée. C’est grandiose. Tout est là, la grâce féminine du Pumori, la puissance vertigineuse du Nuptse, la silhouette légendaire de l’Everest, les glaciers et les cascades de glace qui m’encerclent et le vide, partout. S’ajoute à ça le bruit des nombreuses avalanches qui se décrochent des parois abruptes et les craquements du Khumbu qui avance lentement sa langue glacière dans la vallée. J’ai une chance incroyable. Nombres de touristes attendent des jours et des jours à Kalla Patthar pendant la mousson pour tenter d’apercevoir ce spectacle, en vain la plupart du temps. MERCI montagne !

Merci !

Il faudra que les nuages recouvrent le panorama pour que je me décide à partir pour Gorak Shep, 400 mètres plus bas. Et la descente est elle aussi formidable. Le soleil me suit tout le long et me brûle le visage. Le Nuptse et l’Everest se découvre à nouveau.

Everest et Nuptse

J’ai le paysage toute la descente et j’observe les dentelles de neige et de glace sur les vertigineuses parois du Nuptse. Incroyable.

Dentelles du Nuptse

Nuptse

Je passe devant des cheveux ici au milieu de nulle part. Qu’est ce qu’ils foutent ici ???!!!

Oh bibiche !

Je m’écroule dans mon lodge, le sourire jusqu’aux oreilles à partager mon expérience avec le Sherpa qui est content de me voir aussi ravi. J’écris ces lignes à 5150 mètres d’altitude, en T-Shirt avec toujours cette vue sur le Nuptse qui se couvre petit à petit derrière moi. Je n’en reviens toujours pas.

Le poète du 93 et sa barbe !

Pour ceux qui auront eu le courage de finir cette lecture, voilà mes impressions en live sur ce rocher de Kalla Patthar. Nicolas Hulot n’a qu’à bien se tenir ! :

Publicités

4 réponses à “J96 : Et le ciel s’ouvre pour moi

  1. Tout simplement magnifique!!!! Ça donne qu’une envie c’est d’y aller ;). Content d’avoir de tes nouvelles.
    A bientôt

  2. Tu as eu le souffle coupé, mais nous l’avons aussi en regardant ces splendides photos. Ces majestueux sommets t’ont fait l’honneur de se découvrir devant toi, on ne saurait faire un plus beau cadeau. Ces montagnes ont décidé que tu le méritais par ta simplicité et ton acharnement à aller jusqu’au bout.
    Bisous
    Maman

  3. Bravo Vivieng !!! Quel accomplissement, c’est fabuleux. Merci de nous faire voyager grâce à tes superbes textes et tes photos juste hallucinantes.
    A très bientôt !

  4. C’est MAGNIFIQUE. impressionnant. Mention spéciale pour le commentaire en-dessous de la photo montrant un cheval 😉 Franchement je suis bluffée, j’imagine tout ce que tu as du traversé et ça me donne vraiment envie de faire la même chose. Comme dirait Aretha « R.E.S.P.E.C.T »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s