J97 : R.I.P.

13ème jour de marche

Gorak Shep (5150m)

6h47 : C’est assez dur de continuer le trek après le spectacle d’hier. Difficile d’imaginer mieux. La fatigue et le manque de confort se font ressentir, comme la douche d’ailleurs … la dernière date de Lukla, 8 jours plus tôt. Je suis au point le plus isolé de mon trek, à au moins 3 jours de marche de Lukla et peut être 7 de Jiri. Pourtant je n’oublie pas quête initiale. Photographier l’Ama Dablam, spécialement sa face Sud, la plus belle. Mais commençons par la face Nord. Direction Chukhung.

Chukhung (4710m)

13h03 : La journée fut dure, très dure. Je reprend la route en sens inverse et laisse le Nuptse et son armée de nuages.

Nuptse

Je redescend rapidement le long du Khumbu et m’enfonce dans le nuage à nouveau.

Khumbu

Je croise 2 groupes de touristes qui montent. Je leur montre les photos de l’Everest … « Oh you’re so lucky man ! ». Je leur donne quelques Diamox pour le mal des montagnes et je reprend ma descente. La pluie commence à tomber et je protège mon appareil photo dans un sac plastique. J’avance sur une crête perdu dans les nuages où je passe devant des petites maisons de pierre avec leurs enclos pour Yak. Magnifique. L’ambiance est étrange dans ce lieu. Ca vaut bien une photo. Je sors mon Reflex de son sac plastique et oh surprise : il y avait un trou dans ce sac. « Oh mon reflex il est dans une piscine ». J’allume, je vise, … rien. Pas de réponse. Bon pas grave, je le met dans mon sac et continue ma route. Je passe devant Dingboche avec ses champs de toutes les couleurs, passe devant des yaks qui sont perché sur des rochers. AHHHH merde. Photo quoi ! J’arrive à Chukhung épuisé et trempé où je m’empresse de me réchauffer avec un milk tea. Une armée de gosses (en fait 2 mais très agités) me harcèle de questions : « Hello, hello, what this ? ». Je me prête au jeu en espérant qu’ils se lassent … raté. « Hello hello, what this ? ». Je sors mon Reflex qui fait toujours le mort. « Hello hello, what this ? » « AFTER PLEASE » « After after … hello hello ». Ah j’adore les gosses mais là … Mes pompes ont encore pris l’eau et la semelle commence à se décoller. Merci Vieux Campeur !

16h55 : J’aimerai rendre un hommage à ce compagnon de voyage qui m’aura suivi un bon boût de chemin. Mais non pas toi Renaud ! Ni toi Fabrice. Je parle de mon Reflex que je déclare définitivement HS. Il sera mort sur la crête au dessus de Pheriche sous les pluies de la mousson Népalaise. Ah sacré Reflex, il faut dire qu’il m’aura servi à mainte reprise et qu’il m’aura accompagné devant l’Everest encore hier. Une belle mort en tout cas. Je me revois encore aujourd’hui l’utiliser pour montrer mes clichés aux autres quelques touristes qui montent et coup du sort, ce touriste me dit alors que je l’avais posé sur un rocher : « Attention, ne l’oublie pas ». A moi de répondre : « Aucun risque, je me sens à poil sans mon Reflex ». Pas de colère ni de déception. Juste un peu de nostalgie car il faut dire que la méditation m’aura beaucoup appris. Point d’attachement disait le gourou, point d’attachement. Je trouve en fait que c’est une belle mort. Au moins je pourrais dire quand je verrais une photographe sexy : « Oh tu sais, moi aussi j’avais un appareil comme le tien mais il n’a pas supporté mon 15ème jour de trek alors que je redescendais du pays Khumbu en plein coeur de l’Himalaya » (avec une voix de crooner). Là classe non ?

Dernier cliché !

R.I.P. Pictoune. Non je déconne, je ne lui ai pas donné de nom mais R.I.P. quand même. Les yeux de Loung-Ta se sont fermé sur le plus beau paysage qui lui était donné de voir. Celui de Kalla Patthar.

Quand à moi, hé bien, je suis maintenant à poil donc avec une chaussure gauche en mauvaise état. Ce coup du sort ne me donne malheureusement pas assez de courage pour continuer mon trek. Et puis prendre une photo de l’Ama Dablam sans appareil est maintenant plus compliqué. C’est ridicule oui mais la motivation m’échappe. Le trek n’a pas la même saveur pour moi sans mon appareil. Je décide donc de prendre le chemin du retour vers Lukla avec toujours cette idée de revenir mitrailler l’Ama Dablam qui se montre malheureusement trop timide pendant la mousson.

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2 réponses à “J97 : R.I.P.

  1. Nous allons regretter tes superbes photos, puisque ton appareil c’était ton regard pour nous tous et tes récits sont si poignants, que nous avons l’impression d’avoir perdu un ami…… Sans être matérialiste, merci à CANON de t’avoir accompagné si loin dans ton aventure….. Le matériel n’est pas aussi fiable que l’homme…….
    Bises
    Maman

  2. Moi, je crois que « Pictoune » s’appelait réellement Pictoune, et même qu’il devait être copain avec une certaine « Titoune »…

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