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BILAN : Galafu

Des grands enfants des collines, des petits gosses des montagnes, des sourires pour dire oui comme des sourires pour dire non. J’ai trouvé des gens tristes avec le sourire et des yeux qui crient que la vie est dure. J’ai laissé des gens tristes avec le sourire et les yeux remplies de larmes. Qu’est ce que ça m’a appris ? Pas grand-chose au final. J’ai juste appris à les aimer pour ce qu’ils sont, les aimer pour ce qu’ils ont, les aimer tout simplement. Ils ont une vie dure mais belle. Ils sont à la fois rustre dans leurs manière mais doux au fond de leurs âmes. Ils ne sont pas accueillant, ils sont dévoués. Ils ne sont pas gentils, ils sont adorables. Ils n’ont rien mais il donne tout. C’est petite attention qu’il faisait incognito mais que j’ai perçu. Le voisin qui me sélectionnait les meilleurs morceaux de viande dans la gamelle, le prof qui me rapproche mes sandales avant que je me lève. Cette colline Népalaise qui grouille de vie, un monde de fourmis caché dans les champs de maïs et oublié du reste du pays. Ils ne reçoivent aucune aide et pourtant il aide les autres. Ils sont à la fois énervant et charitable. « YES » quand ils ne comprenaient pas, pour ne pas me contrarier. Et puis les enfants. Source inépuisable de sourire pour si peu de chose. Je voulais être un simple touriste et ils m’ont considéré comme leur dieu. Ils donnent sans recevoir. Et s’il ne vous parle pas, c’est pour parler de vous.

Hommage à vous peuple Takhuri

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J63 : Larmes

Pokhara

21h24 : On marche longtemps. Pas de notion du temps, j’ai peut être marché 1 heure comme 4. Je retiens la boule que j’ai dans la gorge. L’image d’Ama (la grand-mère) avec les yeux remplie de larmes au moment de quitter la maison est une image qui restera gravé dans ma tête. Le village me suit sur la route et le groupe diminue petit à petit. A chaque départ, l’émotion tape encore plus fort, je ne parle plus, je ne peux plus, ma gorge est coincé. Rien que d’écrire ses lignes me remet la larme à l’œil. Je me contente de les regarder droit dans leurs yeux brillants et de leur donner mon plus beau sourire. Baba (le grand-père) me suit jusqu’à Pokhara ainsi que Uncle (l’oncle … oui ya mes parents qui lisent !) et le principal de l’école. Le bus démarre et une larme se décroche. Elle roule sur ma joue et se colore en rouge en captant les derniers fragments de leur amour qu’ils m’ont témoigné avec leurs derniers tikkas. Elle vient s’écraser sur le plancher du bus local au milieu des nombreuses fleurs qui se sont décroché de mes phul mala (colliers de fleur). Une part de mon cœur s’arrache ici et restera à jamais accroché sur un flanc de colline perdu au milieu du Népal : Galafu. (rhalala poésie quand tu nous tiens).

Je quitte ce petit lieu de paradis et la montagne s’est enfin découverte pour mon dernier jour et j’apprécie le cadeau. Elle m’appelle à nouveau !

Le bus roule chaotiquement et je me remémore tous les moments passé à leurs côtés, le sourire accroché aux lèvres, les larmes accrochées aux yeux. Mes accompagnateurs descendent petit à petit dans des villages aussi perdu qu’un verre de Rakshi dans un resto gastronomique Français et j’arrive enfin à Pokhara. J’accompagne Baba à l’hôtel où je réside puis dans le restaurant de son fils, Ganesh, mon ami, où nous mangerons notre dernier Dhal Bat. J’apprends qu’il est descendu pour acheter des médicaments pour son genou. Toute cette route épuisante pour quelques pilules. Il repart demain. L’occasion pour moi de le couvrir de cadeau lui ainsi que toute la famille.

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J62 : Cérémonie

Galafu

23h14 : Je suis ému. Dhal bat et derniers cours ce matin. Je sèche le dernier pour aller préférer une partie de Badmington avec les élèves, à bout de force après avoir expliquer les nombres premiers avec le langage des signes (je vous montrerais comment on s’y prend à mon retour à Paris). Je préfère jouer avec les enfants plutôt que de les tanner avec mes leçons qui restent peu efficace. Pendant ma partie, ils installent les tables et chaises à l’extérieur et en revenant dégoulinant de sueur sous une chaleur tropicale, je suis surpris et ému de voir tous les enfants et leurs familles pour assister à la cérémonie de mon départ. Encore une fois, ils en font beaucoup trop à mon goût mais l’émotion est là. Chaque enfant et quelques parents viennent me donner un collier de fleur et me mettre le tikka. L’émotion monte. Je fais mon discours en essayant tant bien que mal d’aligner les mots que j’ai appris en népalais. Sourire, rire. Ma gorge se noue et les larmes montent. Je suis ému de voir tout ces gens devant moi avec leurs immenses sourires comme seule arme. Je ne suis resté que quelques jours et pourtant l’émotion est très intense. Je joins les mains et m’incline, sans voix, un namasté qu’ils entendront avec leur cœur. Je reçois mon daka topi (chapeau népalais) en cadeau que je garderais précieusement … mais pas sur la tête !

Nous passons l’après-midi tous ensembles à boire du Rakshi et déguster ce fameux Masou. Moment intense de partage et je suis le plus heureux des hommes. Dernière soirée avec ma famille d’accueil et longue discussion avant de dormir. La dernière. Le départ demain va être très dur.

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J61 : L’heure du bain

Galafu

22h02 : Il a plu toute la nuit. C’est une grande joie à Galafu. Les seaux sont remplis et c’est le jour de la douche, le samedi. Dhal bat du matin et je vais donner les cours avec la joie de pouvoir me laver tranquillement cette après midi. Cours de math et d’anglais où j’essaie de trouver des trésors de pédagogie pour me faire comprendre. Je mélange cours et théâtre. Malheureusement, je suis très vite limité par les interprétations et le manque de matériel. Je décide d’annoncer mon départ, je ne suis pas d’une grande aide ici malheureusement. Il me faut apprendre le népalais et sans traducteur, l’apprentissage est dur même si je progresse quand même doucement … très doucement.

Les cours se terminent et les profs envoient les enfants à la douche, 20 min de marche plus bas. Moi je profite des seaux remplis de l’eau de pluie dans ma famille d’accueil. Je me lave devant le paysage au milieu d’un champ de maïs. Je retrouve un immense sourire et un bonheur sans nom, celui d’être enfin propre. Je me laisse sécher au soleil en admirant les collines et vallée qui sont juste devant moi et me pose dans la même chaise pour bouquiner un peu. Je me sens si bien. Mais voilà qu’arrive un des profs pour me faire visiter les alentours. Je comprends : « Tu lisais donc tu t’ennuyais, heureusement je suis arrivé » … Hmmmm non pas vraiment ! Bref me voilà à me le suivre de maison en maison où l’on m’offre torkali (légumes cuits) et autres makaï (maïs). Partage entre isolement et moment de joie. Le népalais n’est pas encore compréhensible pour moi et mes efforts pour comprendre et me faire comprendre me demande beaucoup d’énergie. Dhal Bat chez la mère du prof qui possède une joie communicatif. Elle est heureuse de me voir et c’est communicatif.

Je rentre à la maison la nuit tombé à la frontale pour recevoir l’engueulade du père que je prends à la rigolade. Je commence à le comprendre maintenant, ils veulent simplement profiter de ma tête de monkey un maximum. J’évite de justesse un 2ème Dhal Bat qui m’aurait fait exploser et boit encore le rakshi sous le ciel étoilé de Galafu.

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J60 : Comme d’habitude

Galafu

21h45 : J’ai de plus en plus de mal à sortir de mon cocon matinal et aller affronter ma journée. Je me pose comme d’habitude sur la chaise en plastique qui fait face à la maison. J’essaie de cacher ma démotivation et montre tout de même toute l’estime que j’ai pour ces gens (oui j’en ai beaucoup malgré mon récit). Dhal bat pour être d’attaque, je pars et je prends mes habitudes de vieux profs. Gourde d’eau purifié, appareil photo et mon livre de népalais pour enfant pour que je puisse apprendre leur alphabet et quelques mots supplémentaires. Ce dernier fait d’ailleurs beaucoup rire les élèves qui m’accompagnent sur le chemin. Séance militaire habituelle avant le début des cours et chaque élève prend sa place sur les bancs de l’école. Cette fois, c’est cours de math à la 2ème classe. J’entre et le professeur me donne le livre. Qu’est ce que c’est que ce bordel !!!??? Tout est écrit en népalais, même les chiffres ! Oulala encore une nouvelle épreuve. J’appelle le prof pour qu’il me fasse la transcription que je note dans un coin du tableau et nous voilà parti pour les additions versions Népalaise.

१ – Ek

२ – Dui

३ – Tin

४ – Tsar

५ – Pats

६ – Tchaa

७ – Sat

८ – At

९ – No

Nous terminons l’après midi avec la dose habituelle de rakshi et les professeurs se font une joie de me présenter à toutes leurs familles. Je les suis gentiment et les moments de solitude et d’isolement linguistique se transforme petit à petit en moment agréable, voir même extraordinaire. Sourire, rire. On ne se comprend pas vraiment mais j’ai une bonne gueule apparemment. On partage comme on peut. Les moments peuvent à la fois être très long comme magique. Les gens me prennent dans leurs bras sans que je ne comprenne vraiment pourquoi ! On m’expliquera par la suite qu’il me voit comme un « dieu ». Reste à savoir la traduction qu’il entende exactement avec « Dieu ».

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J58 : Galafu fou fou

Galafu

6h49 : La vache !!! Il se lève à 4h30 du mat ici !!!

7h25 : J’assiste à la vie de la famille assit sur mon siège, la maison face à moi comme une scène de théâtre. Spectacle authentique que celui des va-et-vient des membres de la famille. Je cherche ma place, mon rôle, ma tenue d’acteur mais ils veulent jouer la pièce entre eux. Je ne reste que spectateur. Ils refusent toutes aides et je n’arrive pas à me faire comprendre. L’eau est précieuse ici. Il faut marcher 30 min pour la trouver et la ramener à la force des bras et du front avec le doko (panier en osier) et le namlo (courroie de paille tissée et portée sur le front). Je prends un doko et tous les membres de la famille me sautent dessus et me l’arrache des mains en me désignant le siège. Je retourne m’assoir, n’ayant pas la force d’insister et de me faire comprendre et j’assiste impuissant, seul spectateur au théâtre de leur vie.

20h33 : Dhal Bat (riz lentille) du matin (merde ! ils sont où les Chocapics ?) et j’arrive à l’école où l’accueil est plus qu’exagérer. Les 4 professeurs et tous les élèves me gratifient de la tikka (point rouge sur le front que porte les hindous) ainsi que des colliers de fleurs. Malheureusement, plus d’une trentaine de personnes qui vous mettent un point rouge sur le front … ça ressemble plus à … à rien. J’assiste impuissant en étant au centre de la scène. Je suis l’acteur principal mais je ne joue pas le bon rôle. Je les remercie vivement et nous partons chez un voisin pour le Masou. Comment les remercier pour cette attention charmante ? Me voilà face à l’agneau qu’il égorge pour moi. Ils installent des bâches plastiques sur le sol et me voilà à nouveau spectateur de la boucherie. On s’agite, on découpe, on casse, on pèse, on fait les comptes, on réparti et chacun repart avec un sac plastique rempli de viande saignante. Pour fêter l’occasion, nous mangeons et buvons le fameux Rakshi (alcool de millet). Le plat est simplement à gerber. Je gobe autant de morceaux que possible en leur lançant des mito tchaa (c’est très bon) et des pugyo (assez, non merci) pour éviter qu’ils me resservent. J’arrive à finir avec satisfaction quand sans prévenir, mon voisin me remet une grosse louche de ce mélange … Danyabat (merci). Ca parle Népalais et je ne comprends absolument rien. Le langage est une bouillie inaudible où quelques rares mots se décrochent de temps en temps. Les caractères sont lissés et je ne perçois pas les différentes personnalités. L’immersion est brutale et sévère. Je me sens complètement perdu dans ce monde loin du mien. Je rentre à la maison de la famille d’accueil où l’on m’assassine avec les phrases Népalaises. Je répète sans comprendre et je m’isole enfin dans ma chambre, seul lieu où je peux enfin retrouver ma précieuse solitude. La journée a été dure pour moi mais je ne peux pas leur en vouloir, ils sont toujours des plus attentionnés. Je me prépare pour demain avec ma première journée en tant que professeur. La pédagogie va être une nouvelle épreuve.

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J57 : Le grand saut

Pokhara

8h24 : Voilà enfin le moment que j’attendais tant. Un projet qui se réalise. Pourtant j’ai la boule dans le ventre, j’ai clairement peur. Où vais-je m’aventurer ? Cette fois je suis confronté à mes ambitions et finalement, le courage m’échappe. Je prépare mon sac et de nombreuses questions viennent dans ma tête. Saurais-je m’intégrer ? Comment vont-ils m’accueillir ? C’est le grand saut pour moi.

Galafu

21h24 : Je prends mon courage à deux mains et je me lance. Ganesh vient me chercher à moto pour m’accompagner à la « Dirt road » 40 minutes plus loin. Le voyage est un supplice. Mon sac de 25 kilo m’entraine vers l’arrière à chaque accélération de la pétrolette et je tente de le retenir à la force de mes bras et de mes pauvres abdos. Mes bras tremblent en récupérant mes forces dans un village perdu sur la Priviti Highway. Maintenant, je suis seul et direction Galafu. Mais oui Galafu, le village où j’avais été précédemment « reporter photo » pour un journal local, souvenez-vous. Le bus est là aussi une épreuve. 3 heures pour faire à peine 20 bornes. La route est complètement défoncée et les arrêts sont fréquents pour charger poules, sac de blé ou autres passagers. Le népalais d’à côté me gueule dans l’oreille pendant que j’essaie de terminer mon livre malgré les secousses. Finalement, je sympathise avec la népalaise d’à côté qui m’offre des gâteaux. Elle veut se marier avec moi me dit le voisin qui parle un peu Anglais ! Un peu rapide non ? Rire et incompréhension, c’est l’isolement mais l’accueil est là, chaleureux, souriant malgré les milliers de kilomètres qui me séparent de leur culture.

J’arrive au terminus qui correspond en faite à l’écroulement la route et l’équipe scolaire est là pour m’accueillir. Ils m’offrent thé et chapati et me salue avec un immense respect que je leur retourne : « Namaskar ». Ils veulent absolument porter mon sac que je refuse catégoriquement. Il le prenne mal m’expliquant qu’il faut que j’aie confiance avec un anglais aussi bon que mon allemand. Je leur explique tant bien que mal en tapant sur le dos du porteur népali qui devait supporter la lourde charge. Petite marche et je rejoins ma famille d’accueil. Ici, personne ne parle Anglais. Je répète les phrases en Népali qu’ils tentent de m’apprendre mais sans traduction … ! Heureusement, un chat passait par là : « Biralou » ! OK j’en ai un.

Dhal Bat (riz lentille) arrosé de bonne lampée de Rakshi (l’alcool locale fait à base de millet qui est plutôt … immonde !). L’accueil est formidable pour une famille si pauvre. Il m’offre une chambre avec un lit et moustiquaire. Moi qui pensais dormir par terre ! Je ne sais pas comment les remercier et j’espère qu’ils n’ont pas sacrifié leur lit pour moi mais le problème est toujours le même : comment le savoir ?

L’apprentissage va être difficile mais je me sens bien ici, c’est calme, très calme. Faut dire qu’il n’y a rien tout simplement. Je compte progresser en népali pour leur dire ma reconnaissance en partant. En tout cas, mon projet va être une entreprise difficile, plus difficile que prévu. Voyons demain !

Photos (enfin sans « s », y’en a qu’une !)