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BILAN : Sagarmatha

Voilà, c’est fini pour l’aventure trek !

Je voulais que cette dernière expérience m’apporte beaucoup et un trek en solitaire est toujours un moment de vie intense. Moments difficiles à travers des journées dans la pluie perdu dans le brouillard comme des moments grandioses quand les montagnes se découvrent devant mes yeux. Moments de vies partagées avec les Sherpas qui gardent une simplicité extraordinaire comme des moments de solitude dans les crêtes acérées des montagnes Himalayennes.

Ce trek aura été pour moi le grand finish. Je venais pour l’Ama Dablam mais je n’ai eu que sa face Ouest. J’ai trouvé l’Everest à l’apogée de mon périple qui m’a rempli de bonheur. Des moments forts que je n’oublierai jamais. Des moments durs qui m’ont beaucoup appris.

J’ai presque abandonné au 6ème jour après la route Jiri – Lukla mais la méditation Vipassana m’a beaucoup apporté sur ça. Savoir s’écouter, prendre du repos quand il est nécessaire, découvrir ses limites encore et encore.

Les marches durant ce trek ne sont pas les plus belles. Certes le temps était toujours nuageux mais les villages sont toujours à but touristique. Les Sherpas vivent ici pour nous. Lodges, monastères. Ils se sont complètement dévoué à entretenir cette autoroute vers le ciel emprunté par des milliers de touristes chaque année. C’est à grand coup de hache et de scie que les Lodges s’agrandissent pour accueillir toujours plus de monde pendant la belle saison.

Triste réalité de ce pays Khumbu mais c’est la dure vie de la montagne, celle qui était inaccessible il y a encore 60 ans en arrière devient maintenant une source d’argent non négligeable pour ce pays qui reste l’un des plus pauvre au monde. Les Sherpas ont appris l’alpinisme après l’arrivé des premiers touristes qui voulait gravir ses sommets. Ils ont été pris pour des fous mais finalement, ils sont prêt à payer le prix fort. 30 000$ pour gravir l’Everest aujourd’hui, les Sherpas ont su faire créer leurs business sur la route du trek comme sur le toit du monde. Ce sommet qui semble inaccessible est finalement presque à la portée de tous. Un peu d’expérience alpine, un peu de temps et beaucoup d’argent. Beaucoup de guides sont prêt à tenter le pari de vous emmenez au sommet. Plus de 200 personnes gravissent l’Everest chaque année. Même un aveugle a réussi son ascension !

Mais assez parler de l’Everest, ce trek vers le camp de base offre des vues spectaculaires et beaucoup de touristes oublient de regarder les autres sommets. Certains sont grandioses de verticalité, impressionnant,  puissant comme le Nuptse, le Cholatse ou encore l’Everest. Monstres de neige et de glace qui impressionnent par leurs tailles. Mais les plus belles pépites sont celles que l’on découvre au fur et à mesure de cette marche vers les cieux. Je retiendrais bien sûr l’Ama Dablam et le Pumori qui font sonner l’harmonie dans leurs courbes. Une chef-d’oeuvre de la nature. Grace dans la silhouette et sensualité dans leurs totalités.

C’est comme ça que je vois les choses. Certains sommets sont masculins, bruts, acérés, verticaux. Ils en donnent plein la vue mais ne sont pas si invulnérables. D’autres sont féminins, gracieux, élancés. Et c’est finalement ces derniers qui donnent le plus de difficultés aux alpinistes d’aujourd’hui. Le Pumori étant réputé pour ses nombreuses avalanches et l’Ama Dablam par sa difficulté technique. Puissance masculine contre la grâce féminine. C’est ici la féminité qui règne en maître sur les cimes interdites.

Je n’aurais pas eu la photo de mes rêves mais je la garde en tête. Celle de la face Sud de l’Ama Dablam. Pas de regret, j’aurais au moins un croquis, une ébauche de cette montagne :

Croquis

Alors si un jour vous voulez entreprendre ce trek. S’il vous plait, n’oubliez pas de tourner la tête quand vous serez devant l’Everest, le Pumori est juste derrière vous !

J100 : Lucky guy

Katmandou

« Lucky Guy », c’est la phrase que tout les touristes de l’avion me lanceront ce matin après avoir passé plusieurs jours dans cette ville aéroport. Moi je leurs répond avec le sourire : « Qu’est ce que je vous avais dit hier ? »

Après une soirée bien arrosé aux Rakshi (vin locale) et Tang (bière locale), réveil avec une bonne migraine pour prendre l’avion. Une petite heure d’attente dans l’aéroport qui n’offre absolument aucun service. Pas d’eau, pas de thé, rien. Je sympathise avec le douanier qui m’explique un petit peu comment fonctionne l’aéroport. Ici, c’est du vol à vue. Quand les nuages s’ouvrent, il appelle Katmandou pour lancer une flotte de Pilatus vers Lukla. Si le temps se dégrade, c’est demi-tour. Pas très rentable niveau carburant l’histoire ! Les avions décollent et attérissent à quelques dizaines de secondes d’intervalle sur cette piste incliné à 12°. Le premier avion arrive, c’est AGNI, ma compagnie aérienne. J’embarque donc dans le premier avion (la classe) au pas de course et à peine une minute plus tard, nous voilà prêt à décoller.

Nous volons à travers les contre-forts de l’Himalaya. C’est splendide. Les chemins serpentent le long des collines abruptes, les maisons s’accrochent désespérément aux parois accompagnées de leurs rizières en terrasse. Tout le monde est sans voix et la tête collée dans le hublot devant ce spectacle. C’est la fin de l’aventure pour beaucoup de monde ici, chacun rentre chez soi et c’est aussi la fin pour moi. Ma dernière aventure Népalaise s’arrête ici et je vais profiter des quelques jours qu’il me reste pour trouver une place tranquille à Katmandou (pas si facile) et commencer à faire les achats-souvenirs. Certes moins palpitant qu’un trek mais beaucoup plus reposant.

J99 : Wait

Lukla (2800m)

Ah l’aéroport de Lukla, comment le décrire. Sorte de pénitencier pour touristes qui n’ont pas la force de rentrer à pied jusqu’à Jiri. Attente interminable pendant la mousson où les aiguilleurs du ciel comme les touristes regardent le ciel pour voir si la vallée d’en face est dégagé. Les nuages bloquent souvent le trafic aérien et ce n’est pas rare de voir un avion faire demi-tour dans le ciel sans même avoir déchargé les passagers bien-sûr. Ce n’est pas sans rappeler le fameux sketch de Chevalier et Laspales « C’est vous qui voyez ».

Bref me voilà à profiter d’une grasse mat car je n’ai pas encore de billet d’avion et que j’ai le temps donc je m’en fou. Mais voilà pas qu’une horde de touriste en colère se pressent sur les grilles de l’aéroport dès 6h du mat. Mais qu’est ce qui se passe ? Je n’ai vu aucun touriste quasiment et voilà des dizaines et des dizaines de « pink face » qui se pressent là devant ma fênetre pour avoir un avion. J’oublie vite ma grasse mat et sors pour tenter de résoudre cette énigme. Très intrigué, je demande autour de moi et j’apprend qu’il n’y a pas eu de vol depuis plus de 12 jours. Voilà donc l’explication. Le maigre flot de touriste qui coulent des vallée de l’Everest s’est finalement condensé ici à Lukla pour tenter d’avoir le premier vol. Je regarde tranquillement le spectacle des touristes qui sautent dans les premiers avions. Le trafic aérien a repris et c’est des larmes de joie que je vois couler chez certains touristes. Il avait complètement perdu espoir.

Les nuages arrivent à nouveau dans le ciel et le dernier avion de la matinée fait demi-tour juste devant le groupe de touriste qui attendait sur le tarmac. C’est l’explosion de colère. Pas de Katmandou pour ce soir.

Le trafic aérien de ce matin aura bien réduit le nombre de touriste ici mais quelques uns déambulent encore dans l’unique rue de Lukla. Ca fait plus de 5 jours qu’ils sont là. Moi je reste confiant et je les persuade qu’on aura un vol demain. Je crois en ma chance ! Surtout qu’en observant le manège de ce matin, je repère la compagnie aérienne qui à le plus de vol pour réserver un billet dans leur agence. AGNI ! Résultat des courses demain. Katmandou où pas Katmandou, de toute façon, je ne suis pas très pressé.

J98 : Down down down

Lukla (2800m)

22h13 : C’est une journée violente aujourd’hui. J’hésite à continuer mon aventure finalement, le Sherpa du Lodge de Khumjung propose de me prêter son appareil photo. Malheureusement, ce matin le temps est très nuageux et je ne vois rien de la face Nord de l’Ama Dablam. Je n’ai plus la force, plus la patience sans mon appareil, je rentre. Direction Lukla pour prendre un avion pour Katmandou soit 2 jours de marche. Je pars tôt ce matin et malgré les nuages, le temps est clément. Pas de pluie, pas de vent, pas trop froid. Je descends vite et reprend la route que j’avais emprunté en montant. Je repasse par les villages un à un et me retourne par moment pour vérifier si l’Ama Dablam ne montre pas le bout de ces cimes vertigineuses. Malheureusement non. J’arrive à Namche Bazaar après 6 bonnes heures de marche et assez épuisé. Je me commande un bon steak pour changer du Dhal Bat et retrouve mes forces. « Combien de temps pour Lukla ? » « 3 heures, 4 max ». Ok c’est reparti. Malgré la pluie qui commence à tomber, je suis motivé pour arrivé à Lukla ce soir et acheter mon billet retour le plus vite possible. De plus, l’idée de renfiler mes affaires de trek humides demain matin me rend malade. Le confort est devenu pour moi une obsession depuis la perte de mon appareil. Je reprends donc la route doucement pour Lukla où le chemin c’est transformé en une véritable tranchée. Difficulté supplémentaire mais je fais avec. Après ma 9ème heure de marche, je commence à être sérieusement fatigué. Je demande le temps qu’il me reste en espérant entendre 2 heures. « 4 heures ». Pardon !!! 4 heures alors que ça fait 2 heures que je marche, il devrait m’en rester 2 ! Finalement, je vais me rendre compte au fur et à mesure que le gérant du lodge de Namche m’a dit de la merde. Si j’avais le courage, je remonterai lui botter le cul. J’avance péniblement et la pluie ne cesse de tomber. Je sors ma frontale pour terminer la marche dans l’obscurité totale au milieu d’un nuage. Il me faudra au total 13 heures de marche avec à peu près 2600 mètres de deniv – et 1000 de deniv + pour atteindre Lukla. On peut dire que je me souviendrai de ma dernière journée de trek. Spécialement le moment précis où je passe la porte de Lukla et que je vois cette ville fantôme au milieu des nuages sous la pluie avec les différentes fenêtres qui éclaire l’avenue centrale de cette ville accroché à la colline. J’arrive au lodge exténué. Je ne peux plus bouger et je n’ai même plus d’appétit. Je n’arrive pas à finir mon Dhal Bat alors que j’en redemande d’habitude. Il n’y a qu’une chose à faire. Allez dormir. Le trek est maintenant fini pour moi. Un peu de nostalgie de quitter cette montagne et pas vraiment l’envie de retourner à Katmandou mais le courage me manque. La montagne Himalayenne reste dure et je ne peux que m’incliner devant tant de force. Je te donne rendez-vous l’année prochaine Ama Dablam. Avec un nouveau Reflex cette fois !

J97 : R.I.P.

13ème jour de marche

Gorak Shep (5150m)

6h47 : C’est assez dur de continuer le trek après le spectacle d’hier. Difficile d’imaginer mieux. La fatigue et le manque de confort se font ressentir, comme la douche d’ailleurs … la dernière date de Lukla, 8 jours plus tôt. Je suis au point le plus isolé de mon trek, à au moins 3 jours de marche de Lukla et peut être 7 de Jiri. Pourtant je n’oublie pas quête initiale. Photographier l’Ama Dablam, spécialement sa face Sud, la plus belle. Mais commençons par la face Nord. Direction Chukhung.

Chukhung (4710m)

13h03 : La journée fut dure, très dure. Je reprend la route en sens inverse et laisse le Nuptse et son armée de nuages.

Nuptse

Je redescend rapidement le long du Khumbu et m’enfonce dans le nuage à nouveau.

Khumbu

Je croise 2 groupes de touristes qui montent. Je leur montre les photos de l’Everest … « Oh you’re so lucky man ! ». Je leur donne quelques Diamox pour le mal des montagnes et je reprend ma descente. La pluie commence à tomber et je protège mon appareil photo dans un sac plastique. J’avance sur une crête perdu dans les nuages où je passe devant des petites maisons de pierre avec leurs enclos pour Yak. Magnifique. L’ambiance est étrange dans ce lieu. Ca vaut bien une photo. Je sors mon Reflex de son sac plastique et oh surprise : il y avait un trou dans ce sac. « Oh mon reflex il est dans une piscine ». J’allume, je vise, … rien. Pas de réponse. Bon pas grave, je le met dans mon sac et continue ma route. Je passe devant Dingboche avec ses champs de toutes les couleurs, passe devant des yaks qui sont perché sur des rochers. AHHHH merde. Photo quoi ! J’arrive à Chukhung épuisé et trempé où je m’empresse de me réchauffer avec un milk tea. Une armée de gosses (en fait 2 mais très agités) me harcèle de questions : « Hello, hello, what this ? ». Je me prête au jeu en espérant qu’ils se lassent … raté. « Hello hello, what this ? ». Je sors mon Reflex qui fait toujours le mort. « Hello hello, what this ? » « AFTER PLEASE » « After after … hello hello ». Ah j’adore les gosses mais là … Mes pompes ont encore pris l’eau et la semelle commence à se décoller. Merci Vieux Campeur !

16h55 : J’aimerai rendre un hommage à ce compagnon de voyage qui m’aura suivi un bon boût de chemin. Mais non pas toi Renaud ! Ni toi Fabrice. Je parle de mon Reflex que je déclare définitivement HS. Il sera mort sur la crête au dessus de Pheriche sous les pluies de la mousson Népalaise. Ah sacré Reflex, il faut dire qu’il m’aura servi à mainte reprise et qu’il m’aura accompagné devant l’Everest encore hier. Une belle mort en tout cas. Je me revois encore aujourd’hui l’utiliser pour montrer mes clichés aux autres quelques touristes qui montent et coup du sort, ce touriste me dit alors que je l’avais posé sur un rocher : « Attention, ne l’oublie pas ». A moi de répondre : « Aucun risque, je me sens à poil sans mon Reflex ». Pas de colère ni de déception. Juste un peu de nostalgie car il faut dire que la méditation m’aura beaucoup appris. Point d’attachement disait le gourou, point d’attachement. Je trouve en fait que c’est une belle mort. Au moins je pourrais dire quand je verrais une photographe sexy : « Oh tu sais, moi aussi j’avais un appareil comme le tien mais il n’a pas supporté mon 15ème jour de trek alors que je redescendais du pays Khumbu en plein coeur de l’Himalaya » (avec une voix de crooner). Là classe non ?

Dernier cliché !

R.I.P. Pictoune. Non je déconne, je ne lui ai pas donné de nom mais R.I.P. quand même. Les yeux de Loung-Ta se sont fermé sur le plus beau paysage qui lui était donné de voir. Celui de Kalla Patthar.

Quand à moi, hé bien, je suis maintenant à poil donc avec une chaussure gauche en mauvaise état. Ce coup du sort ne me donne malheureusement pas assez de courage pour continuer mon trek. Et puis prendre une photo de l’Ama Dablam sans appareil est maintenant plus compliqué. C’est ridicule oui mais la motivation m’échappe. Le trek n’a pas la même saveur pour moi sans mon appareil. Je décide donc de prendre le chemin du retour vers Lukla avec toujours cette idée de revenir mitrailler l’Ama Dablam qui se montre malheureusement trop timide pendant la mousson.

J96 : Et le ciel s’ouvre pour moi

Dans le but de vous mettre dans l’ambiance calme de la haute montagne, je vous propose cette petite friandise auditive qui,  je l’espère, ravira vos sens pendant cette lecture :

12ème jour de marche

Gorak Shep (5150m)

11h24 : Oh non, la journée n’a pas forcément bien commencé. Pas trop mal non plus mais le temps n’était pas au rendez-vous. Je pars à 5h du mat de Lobuche pour cet fois espérer avoir une bonne vue sur le parcours, spécialement sur le Pumori qui n’a montré que sa silhouette hier. Sacré montagne ! Je pars donc avec une belle vue sur le Cholatse, le voilà :

Cholatse

et le Nuptse, le voilà :

Nuptse

et reprend la marche d’hier. Le pumori est encore là devant moi en partie dans les nuages.

Pumori

Un peu d’angoisse d’avoir encore ce mal des montagnes mais il faut bien tenter. J’avance à un petit rythme le long du glacier Khumbu quand soudain, derrière moi, le nuage monte. Je ne vois plus le Cholatse qui se tenait bien fièrement bien fier derrière moi et le nuage me rattrape vite le long des parois abruptes qui m’entourent.

Dans le nuage

Le paysage s’efface petit à petit et je suis à nouveau dans une chambre grise qui ne laissera que mon imagination pour dessiner sur cette toile vierge les sommets qui m’entourent. Je repasse par les mêmes endroits qu’hier et je reconnais la reches, les chortens, les paysages.

Chorten

Je dépasse sans encombre mais avec un souffle de buffle l’endroit de mon abandon d’hier. Ouf, ma retraite et ma prudence d’hier auront payé. Je croise Anderson et son guide qui font chemin inverse. Accolade et échange de mail. Nos chemin se séparent à nouveau, ils descendent, je monte.

Anderson et moi-même

J’arrive à Gorak Shep à 7h du mat. Je m’installe dans le premier lodge où je prend un milk tea avant de continuer mon ascension vers la fin du trek de l’Everest : Kalla Patthar (5550m).

Gorak Shep

Les nuages m’ont doublés et forme un immense plafond à 6000 mètres d’altitude environ qui cache les cimes qui dépassent de loin cette altitude ici. Pas grave, c’est bon pour l’acclimatation. Je commence donc la montée raide vers Kalla Patthar. L’univers est minéral et ma marche solitaire est difficile. Le souffle court, j’avance péniblement, c’est très raide.

Montée vers Kalla Patthar

J’aperçois enfin le sommet de Kalla Patthar après 30 minutes de souffrance. Encore une bonne grimpette et ça sera bon. Illusions des perspectives cumulés aux effets du manque d’oxygène, Kalla Patthar semble inatteignable. Le sommet recule au fur et à mesure que j’avance. Ah quelle horreur, je continue et le souffle est de plus en plus court. Je dépasse l’altitude du Thorong-La, ma plus haute expérience Népalaise qui fut sur le tour des Annapurnas quelques mois plus tôt.

Kalla Patthar à droite

J’arrive enfin à Kalla Patthar sans grande émotion. C’est la première fois que j’atteins les 5550 mètres et pourtant, l’émotion du Thorung La était plus forte. Ici pas de col ni de sommet. Un simple éperon rocheux perdu face à l’Everest. Je grimpe les derniers mètres sur cet éperon et je suis pris de vertige. Le vide est tout autour de moi. Le rocher est glissant et assez incliné. C’est alors que je sors la phrase des plus grands films d’aventure : « Maman j’ai peur ». Et j’ai vraiment peur. Je suis coincé sur ce rocher où le vide s’est soudainement ouvert tout autour de moi. Allez je respire, deux trois pas d’escalade et c’est gagné. Je m’écroule dans les Loung-Ta seul au monde sur ce boût de rocher en équilibre avec le vide.

Kalla Patthar (5550m)

Bon d’allez pas vous imaginer une paroi verticale que j’ai bravement escaladé. C’est simplement un boût de rocher pas très large et incliné à 30° … et encore j’exagère. Mais la solitude et le vide qui l’entoure reste très impressionnant.

Vue de Kalla Patthar

Donc vous l’aurez compris, c’est avec la plus grande classe que je me suis collé au rocher de tout mon corps pour me hisser laborieusement au sommet. Les vallées qui s’ouvrent à moi sont monstrueuses. Je récupère de mes émotions encore écroulé dans le tas de Loung-Ta et reprend mes marques pour faire quelques photos. Quelques « photo courage » où je fais le fier sur le rocher alors que j’ai une trouille bleue.

Kalla Patthar

Je redescend toujours avec la plus grande grâce de ce rocher (Le cul par terre et on glisse doucement). Je m’apprête à partir pour redescendre vers Gorak Shep quand soudain … (et là je vais vous décrire de loin le moment le plus incroyable de ce séjour au Népal) … L’ombre du Nuptse apparaît, encore caché par une fine couche de nuage. Je reste bouche bée devant cette ENORME masse qui se découvre petit à petit. De loin la montagne la plus impressionnante que j’ai vu.

Devant le Nuptse

Et les nuages s’affinent, s’affinent, s’affinent pour découvrir toutes la chaîne devant moi. Le coeur de l’Himalaya, Sagarmatha en Népalais, Chomolungma en Tibétain, the mother of the sky, la mère des cieux, l’Everest jaillit devant moi.

Sagarmathaaaaaaaaa !!!

Le toit du monde est là devant moi, tellement proche, tellement inaccessible. Je n’en reviens pas. Le paysage est à pleurer.

BAM

Je deviens fou et je cours dans tout les sens pour cueillir les meilleurs clichés. Tout les filtres, toutes les expositions passent dans mon Reflex qui commence à faire la gueule après ce que je lui ai fait endurer. Je n’ai plus peur du vide, je n’y pense plus. Je saute de rocher en rocher. Ce spectacle est là, devant moi, pour moi seul. C’est le plus beau cadeau après 14 jours de trek, 12 jours de marche. Je me retourne et le Pumori est juste là, derrière moi, majestueux, si proche, tellement proche que je peux presque le toucher.

Pumori

Pumori et Kalla Patthar

Je suis pris d’un vertige devant ce spectacle intense de la haute montagne. La fatigue, la marche solitaire, l’accomplissement, la fin, l’apogée. C’est grandiose. Tout est là, la grâce féminine du Pumori, la puissance vertigineuse du Nuptse, la silhouette légendaire de l’Everest, les glaciers et les cascades de glace qui m’encerclent et le vide, partout. S’ajoute à ça le bruit des nombreuses avalanches qui se décrochent des parois abruptes et les craquements du Khumbu qui avance lentement sa langue glacière dans la vallée. J’ai une chance incroyable. Nombres de touristes attendent des jours et des jours à Kalla Patthar pendant la mousson pour tenter d’apercevoir ce spectacle, en vain la plupart du temps. MERCI montagne !

Merci !

Il faudra que les nuages recouvrent le panorama pour que je me décide à partir pour Gorak Shep, 400 mètres plus bas. Et la descente est elle aussi formidable. Le soleil me suit tout le long et me brûle le visage. Le Nuptse et l’Everest se découvre à nouveau.

Everest et Nuptse

J’ai le paysage toute la descente et j’observe les dentelles de neige et de glace sur les vertigineuses parois du Nuptse. Incroyable.

Dentelles du Nuptse

Nuptse

Je passe devant des cheveux ici au milieu de nulle part. Qu’est ce qu’ils foutent ici ???!!!

Oh bibiche !

Je m’écroule dans mon lodge, le sourire jusqu’aux oreilles à partager mon expérience avec le Sherpa qui est content de me voir aussi ravi. J’écris ces lignes à 5150 mètres d’altitude, en T-Shirt avec toujours cette vue sur le Nuptse qui se couvre petit à petit derrière moi. Je n’en reviens toujours pas.

Le poète du 93 et sa barbe !

Pour ceux qui auront eu le courage de finir cette lecture, voilà mes impressions en live sur ce rocher de Kalla Patthar. Nicolas Hulot n’a qu’à bien se tenir ! :

J95 : La barrière des 5000

11ème jour de marche

Lobuche (4950m)

10h58 : La matinée se présente bien. Ciel couvert mais qui laisse apercevoir l’immense masse du Nuptse.

Nuptse

Il est 5h, mon sac est déjà prêt. Un twix rapidos et me voilà à marcher sur la moraine du glacier Khumbu avec Anderson et son guide. Je prend mon rythme plus lent que le leurs et les laisse partir devant. Les sommets laissent apercevoir leurs silhouettes à travers les nuages. Pumori, Cholatse, Nuptse, Lobuche Peak.

Pumori

Malheureusement, je passe les 5000 mètres avec un mal de crane qui ne cessera d’empirer. Je le sais très bien, c’est le symptome du mal des montagnes. Je continue quand même mon ascension pour arriver seulement à quelques minutes de marche de Gorak Shep, mon étape du jour. J’ai fais le plus dur mais mon mal de tête est maintenant insoutenable. Je me pose sur un rocher et réfléchi. Mes amis sont devant et je les vois encore avancer dans la moraine mais ma raison me crie de faire demi-tour.

Anderson et le Khumbu

Le choix est dur. Demi-tour signifie 2 heures de marche retour alors que je suis à quelques minutes de l’étape. C’est aussi le retour à la solitude car il n’y a pas d’autres touristes ici. Je fais de grands gestes à mes amis et prend le chemin du retour, la plus sage des décisions. J’avance péniblement dans la moraine. Mon mal de crâne ne cesse pas et le chemin est interminable. Ce mal des montagnes m’a bouffé toute mon énergie et je perd l’équilibre dans les descentes. Je laisse derrière moi le Nuptse qui commençait à se dévoiler mais je ne regrette pas. Je sais que j’ai pris la bonne décision.

Le paysage que je laisse ...

Seul dans la pièce commune avec ma tasse de thé. Le moral légèrement affaiblit mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Je retente l’ascension demain. C’est quand même pas un mal de crâne qui va me stopper dans ma dernière grande aventure Népalaise. Non mais !

Le lodge de Lobuche

Ambiance Lodge le soir