Archives de Catégorie: Tour des Annapurnas

BONUS : Un autre tour des Annapurnas

Be kind rewind !

20 Avril 2011 – 14h12 (J-5 avant mon départ)

De : Renaud

A : Vivien

Objet : Là haut sur la montagne

Mail :

Salut Vivien ,

Ca va mieux de ton côté ?

De mon côté c’est bon!! mon pied tient!!
je pars te rejoindre pour le treck annapurna si tu es tjr partant!!
Je vais essayer de prendre un billet pour au pire jeudi prochain
histoire de profiter un peu de Kathmandou:: il parait que ca vaut le coup!

figure toi que Fabrice est intéressé aussi..à voir..

A+

C’est donc 5 jours avant mon départ que j’ai appris que j’allais être accompagné pour ce trek. Maintenant qu’une autre aventure à commencer de leurs côtés, celle de Paris, j’ai un immense plaisir à lire les lignes qui témoigne d’une amitié et d’une expérience forte que l’on a vécu ensemble.

J’ai donc l’immense honneur de faire la promo pour le blog de Renaud. Mais oui voyons, Renaud,  souvenez-vous c’est lui !

Je ne vais pas tarir d’éloge sur ce blog que je trouve très bien écrit et parfaitement complémentaire de mon récit qui semble maintenant bien fade à côté.

Bref si vous voulez revivre le tour des Annapurnas à travers un autre regard, une autre personnalité, une autre plume, c’est ici que ça se passe !

Dédicasse à toi l’ami et à la prochaine pour de nouvelles aventures du bout du monde.

PS : Tu as de la chance avec la photo Marshyangdi, pourtant ça aurait fait le buzz !

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BILAN : Annapurna

C’est l’heure du premier bilan de l’aventure. Le tour des Annapurnas. Maintenant que j’ai un peu de recul sur ce trek, voici ce que j’en retiens. Tout d’abord, j’ai voulu vous décrire jour par jour mon aventure car je pense que c’est le meilleur moyen de vous faire vivre les choses presque aussi intensément que moi. Certes, j’ai hésité à publier certains articles car ils ne sont pas très glorieux et ma famille allait s’inquiéter mais j’ai préféré vous livrer mon aventure comme je l’ai ressenti plutôt que de vous livrer toujours le même discours des touristes (comme moi) qui viennent au Népal : « Oui le tour des Annapurna c’est beau et il faut le faire ». Je ne dis pas qu’ils ont tord et je suis du même point de vue mais voilà. Il faut savoir que ça reste une rando de plusieurs jours et qu’on arrive à des altitudes qui sortent de l’ordinaire.

Alors pour ceux qui n’aurait pas encore compris : Oui j’en ai chié et au final tant mieux. Ce fut un défi pour moi et j’en tire des conclusions très positives. Je pense que ce type de trek permet de mieux se connaître physiquement et mentalement, de se jauger et de se tester, d’apprendre à ne pas dépasser ses limites tout en permettant de jouer avec. C’est un ensemble de critère qui a fait que je suis tombé malade : le stress du départ, pas eu le temps de me reposer avant de partir, la poussière de Katmandou, le changement de régime alimentaire, mon sac trop lourd et bien d’autres encore. Alors oui je suis fier de mon aventure et je vais maintenant tenir le discours que vous pourrez entendre chez tous ceux qui l’ont fait.

Oui le trek des Annapurnas est magnifique. On change de paysage tous les jours et les panoramas sont plus que bluffant. Le nombre de matins (on découvre souvent la vue du lodge le matin car les nuages arrivent l’après midi) où je me souviens avoir lâché un « WHAOU » sont nombreux et chaque jour est différent. Aujourd’hui, je peux vous dire que chaque journée à son lot de surprise et de charme le long du trek. Les paysages sont radicalement différent et plus on monte, plus on s’approche d’un univers mystique et apaisant.

Le contact avec la population est très simple et toujours accueillant. Ce qui les décrit le mieux est leurs sourires. Un sourire franc qui vient du fond de l’âme, sans aucune arrière pensé, je n’ai aucun doute là-dessus. Bien sûr, il y a des cons comme partout mais il suffit de savoir les éviter.

Je suis heureux d’avoir fait une partie de cette aventure seul même si j’étais bien content d’avoir mes 2 compatriotes du théâtre avec moi pour partager les émotions fortes que l’on vit pendant ce trek. Dédicasse à vous Renaud et Fabrice pour votre performance.

Je ne peux donc que vous conseillez de faire ce trek mais de vous y préparer un maximum et surtout, surtout, surtout … pas trop lourd le sac.

J18 : Un nouvel homme

Muktinath (3800 m)

21h31 : 3, 2, 1, GO. Le groupe de russe armé de la casaque blanche attaque la course en avance vers 4h30 suivi par le petit Français en solo avec sa casaque bleu 30 min derrière. Suivent ensuite les 4 Irlandais, casaques vertes bien sûr et bien loin derrière, l’équipe familiale Néo-Zélandaise avec leurs casaques bleues étoilées (oui j’aime les préjugés à deux balles). Le Français perd le peu d’avance qu’il a sur les Irlandais qui le rattrape très vite. Trop vite. Il se retrouve en 3ème position mais oulala coup du sort, les Irlandais se donnent à une séance d’étirement. Le Français repasse devant et dépasse les Russes en manque de souffle dans un virage. Incroyable. La machine Néo-Zélandaise grimpe à une vitesse phénoménale et avale tout le monde sur son passage. Le suspense est à son comble.

Bon OK fini les conneries, bien sur, ce n’est pas une course.

Vendredi 13 Mai 2011, aujourd’hui est un grand jour pour moi. Après tant de doutes, d’inquiétudes, de problèmes, de stress (non non là je ne déconne pas par contre). Me voici en face du fameux col du Thorung-La. Le point critique du trek des Annapurnas. Les 9 jours de marches qui ont précédé le l’attaque du col ont été riche en discutions et en légende alpine (à défaut de légende urbaine) sur ce fameux col. Tout le monde y pense et personne n’ose avouer sa peur. Entre les « Hier, j’ai vu l’hélico rapatrier quelqu’un » ou les quelques trekkeurs que nous croisons en sens inverses car ils n’ont pas réussi à passer le col, cela contribue à rendre la victoire plus belle.

Alors oui je vous entends déjà derrière votre PC à vous dire : « Mais voyons, ya plein de monde qui passe le Thorung-La sans en faire autant d’histoire ». Laissez moi vous répondre : « Oui certes et ce n’est point là de la vantardise, je vous livre simplement mon ressenti brut sur cette aventure et je vous prie de prendre en considération ma grande modestie » (on remarquera l’emploie d’un style soutenue).

Laissez-moi rembobiner le film à ce matin.

La nuit fût courte, en cause : l’altitude et l’excitation de la journée qui m’attend. Je me sens bien et en forme. Toujours pas d’appétit cependant à cause de l’altitude. Je me mets en condition mentale et commence la marche à 5h du matin. Départ : 4450m … l’arrivé : 5416m soit 1000m de dénivelé à peu de chose près. Je ne réfléchi pas vraiment et ne pense qu’à avancer en gardant toute ma confiance sur ma réussite. La pente est raide mais moins que ce que je croyais et j’évolue dans un univers de roche. Plus de sentier, on se réfère au divers chortens (petit tas de pierre pour indiquer le chemin à suivre). J’avance très lentement et prend bien le temps de respirer pour ne pas être malade plus haut. J’arrive au High Camp 1h30 plus tard où je me repose et prend un thé. Je rejoins finalement le groupe des Irlandais pour finir la marche ensemble (on a un peu la même couleur de cheveux alors bon …). J’accélère un peu le rythme pour pouvoir les suivre mais les pauses sont plus régulières sur le trajet donc tout vas bien. Je regarde régulièrement ma montre pour savoir l’altitude et je m’amuse à dépasser les sommets des Alpes un par un. Arrive à ma montre le fameux 4807, le Mont Blanc. C’est une joie que je partage avec les Irlandais et pourtant, je regarde en haut et les sommets me dépassent de plusieurs centaines de mètres. Impressionnant. Nous passons la frontière des 5000 avec le même enthousiasme et nous nous concentrons pour finir les derniers mètres. La respiration commence à devenir difficile et les efforts sont intenses. Mon sac me semble de plus en plus lourd et nous marchons à la vitesse d’un escargot unijambiste (pourquoi pas !). Pourtant, l’altitude ne monte pas. 5100, 5120, 5140, 5150. C’est difficilement que nous passons les 5200 à ma montre mais nous gardons tout notre courage. Je me dis : « La fin va quand même être très dur ». Nous ne voyons toujours pas le col car il est toujours caché par un monticule que nous devons franchir. 5220 à ma montre. Nous passons un monticule et nous voyons devant nous les fameux Loung-Ta du Thorung-La juste devant nous, à peu être 40m au dessus de notre tête. Ma montre m’indiquait une altitude inférieure. Soulagement. Nous terminons tranquillement les derniers pas et nous nous félicitons mutuellement. Ca y est, j’ai enfin passé le Thorung-La. 5416 mètres d’altitude. Je n’avais jamais dépassé les 3100m précédemment (Mont Buet dans les Alpes). C’est toujours un grand moment quand nous arrivons à atteindre les objectifs que nous nous fixons. D’autant plus que oui, j’en ai quand même pas mal chié pendant le début du trek. Renaud et Fabrice peuvent en témoigner. Alors je profite de ce moment et je reste là à contempler le col. Pas exceptionnellement beau il faut bien l’avouer mais terriblement célèbre. J’en profite pour poser le Loung-Ta que j’avais acheté à Manang. Il flotte maintenant et à jamais dans le vent du Thorung-La et en y pensant ce soir, c’est comme ci j’étais encore un peu là-haut.

Mais l’aventure ne s’arrête pas là car après les 1000m de dénivelé positive, nous devons attaquer la descente jusqu’à Muktinath, 1600m plus bas. Et c’est finalement la descente qui est le plus dure car après 6 jours de monté, les muscles sont habituer à cet effort mais pas à la descente. Les genoux cognent et la pente est raide, très raide. Je suis souvent emporter par l’inertie de mon sac à dos et j’ai du mal à m’arrêter. Bref ce ne fut pas un moment de grand plaisir. La vue n’est pas formidable et nous nous empressons de descendre car nous avons faim. Nous passons à travers la grêle et nous nous réfugions enfin dans un « restaurant » (qui dans les montagnes népalaises ressemble plus à une étable) pas très loin de Muktinath. Nous sortons rassasier et à notre grande joie, le soleil est revenu. Quelques pas supplémentaires et la vallée de Muktinath s’ouvre à nous. Exceptionnel et c’est un panorama magnifique que nous avons sous les yeux. La ville sacré Muktinath nous apparait comme une oasis dans ce monde fait de roche. Nous arrivons enfin à notre Guest House (Bob Marley Guest House), pas très locale mais ça fait du bien d’entendre autre chose que de la musique indienne. Nous fêtons enfin notre ascension à coup de bière. Pas trop quand même, nous sommes toujours à 3800 mètres d’altitude. Viens ensuite le renouveau pour moi. La douche. 3 jours que je n’en avais pas pris car les nuits était froide et ne parlons pas de l’eau. Je reste bien 30 min à profiter de l’eau chaude et je me sens comme un nouvel homme. Près à attaquer le Thorung-La dans l’autre sens. Ah en fait non, après la douche vienne les courbatures et mes jambes sont comme du bois. Je monte difficilement les escaliers pour aller me coucher. Cette fois je suis sûr que je vais bien dormir, des rêves d’altitudes plein la tête.

 Photos

J17 : Appréhension

Yak Karka (4000m)

6h22 : Aujourd’hui, j’ai une courte marche jusqu’à Thorung Phedi. 3h environ.

Thorung Phedi (4400m)

13h24 : La journée fut courte. Le terrain devient de plus en plus lunaire. Je suis dans un autre monde. J’arrive un peu après 10h à Thorung Phedi. La fameuse dernière étape avec le col. Toujours pas grand monde sur la route. Comment décrire Thorung Phedi : c’est simplement 2 lodges (mixtes entre refuge et hôtel) perché à 4400m d’altitude au milieu des parois verticales de l’Himalaya. Demain, la journée va être longue, très longue et décollage prévu à 4h30. 1000m en + et 1600 en – jusqu’à Muktinath. Toujours pas d’appetit mais tout va bien. Le sac se fait de plus en plus lourd avec l’altitude. J’appréhende un peu pour demain.

15h53 : Un trekkeur vient d’arriver du col dans le lodge, dans l’autre sens. Ca fait peur à voir. Il arrive à peine à parler avec la fatigue. Je lui pose quelques questions et j’arrive à lui en retirer « Horrible Thorung-La ». Ok certes il la fait dans l’autre sens qui est plus dure mais ça rajoute un peu de stress quand même. Ca annonce que du bon pour demain.

Photos

J16 : L’aventure reprend le dessus

Yak Karka (4000m)

15h10 : Finalement, la décision de faire marche arrière est vraiment trop dure à prendre. Même si je sais que c’était la sage décision. Je ne peux pas reculer. J’ai changé d’avis et de chemin. J’ai fait la route en solidaire et cela devient très mystique car je n’ai pas rencontré grand monde. La saison touristique arrive à sa fin. Je suis arrivé sans trop de peine à Yak Karka et je suis à 2 jours du fameux Thorung-La. Il commence à faire sacrément froid ici et c’est dans la cuisine du lodge que je mange en compagnie des népalais. Le dépaysement est toujours là.

17h05 : Ici, c’est la limite pluie-neige. La nuit va être longue et j’ai hate de marcher demain pour me réchauffer. Il ne me reste que 2 jours de souffrance. 2 jours seulement. Il faut que j’y arrive. J’ai toujours mal au ventre et très peu d’appétit. Plusieurs jours que je n’ai pas pris de douche car l’eau est vraiment gelé.

19h26 : Dhal Bat que je n’ai pas réussi à finir. C’est dur de manger mais je me force. Il fait super froid dans la chambre, peut être 5 ou 6°C et je garde tout mes vêtements pour dormir. Même la Gore-Tex. Je me sens à l’autre bout du monde.

Photos

J15 : Test

Manang

7h37 : Bien dormi mais fatigué, je n’arrive pas à récupérer ici. Je ne sais plus vraiment quoi faire. Mon départ pour la prochaine étape, Yak Karka, sera finalement repoussé à demain, ou plus. Et surtout, je commence à me faire royalement chier.

17h23 : J’ai complètement perdu l’appétit. Pas mangé ce matin ni ce midi. Je reviens du Stupa qui surplomble Manang. Moi et ma gourde, au plus simple. Je pense que je vais redescendre à Pisang demain. L’altitude ne doit pas aider pour récupérer sainement et je pense que c’est la plus sage décision, même si elle est dur à prendre. Je sais qu’en montant, les nuits seront de plus en plus froide ce qui n’aidera pas pour la guérison.

Pas de photos

J14 : Descente 2

Manang

9h00 : Je vais mieux mais le docteur est inquiet : « Altitude is not your friend ». C’est un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Pourtant, je garde la force de me battre. Je ne vais pas me laisser avoir comme ça. J’ai des craquements dans les poumons et ce n’est pas bon signe. Pourtant, je n’ai aucun problème de respiration et je sens que je vais bien dans l’effort. J’abandonne le Tilicho Lake définitivement, ce n’est pas très sérieux de le faire sans guide et les signes sont contre moi. J’espère partir demain pour attaquer le Thorung-La mais rien n’est moins sûr. J’ai appris que dans les montagnes, on ne peut rien prévoir. Je vais déjà me tester sur une petite rando aujourd’hui. Le View Point.

13h02 : Pas de gros problème de respiration mais une légère fatigue et toujours ce mal de ventre. Je n’ai pas encore retrouvé toutes mes forces. J’espère partir demain car c’est très déprimant de rester au même point. Dernier check-up chez le médecin tout à l’heure. Décidement, le Thorung-La ne se laisse pas faire. Aujourd’hui, même si le pays est beau, la solitude est là.

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