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J67 -> 73 : Dharmma

Le Népal, c’est aussi l’occasion de tester des expériences hors du domaine de l’ordinaire, et là j’en suis clairement sorti ! Apres avoir fait du trekking, du paragliding, du rafting, du teaching, du motorbiking, voilà donc la nouvelle activité qui est de l’extrême meditating. Bah oui mais c’est pour la rime !

C’est donc avec des mollets en béton (après les treks, normal !) que je vais d’un pas décidé m’inscrire à cette nouvelle aventure, l’aventure Vipassana. Mais qu’est ce que c’est au juste Vipassana ?

Ils le décrivent comme étant l’expérience de la méditation extrême, l’une des plus durs. Cette technique de méditation est issu de l’histoire, celle de Gautama, le premier Bouddha. Attention, c’est n’est pas un temple bouddhiste et on ne parle pas de religion dans ce centre de méditation. C’est simplement nous apprendre la technique qu’un homme a utilisé il y a 2500 ans pour atteindre pour la première fois « l’éveil ». Gautama le Bouddha fut le premier être « éveillé » après avoir utilisé Vipassana pendant 40 jours sous l’arbre de Bouddha (pipal ou figuier des pagodes) qui se trouve en Inde encore aujourd’hui.

Mais qu’est ce que « l’éveil » ? C’est la connaissance et surtout l’expérience de la vérité absolue mais pour faire simple, c’est la recherche du bonheur ultime, la libération de toutes les souffrances.

Alors moi, touriste bien déterminé à vivre de nouvelles aventures, je ne peux que dire OUI. J’y vais, je cours … libérer moi de toutes les souffrances, c’est formidable.

Bon je vous rassure, je ne comptais pas atteindre « l’éveil » en 10 jours (durée du stage) mais l’expérience est tentante et oui pourquoi pas, allons-y ! De plus, le trek est devenue impossible avec la mousson et mes prochaines destinations ont leurs frontières closes alors j’y vois mon chemin tout tracé.

Et me voilà projeté en moins de 2 dans un centre de méditation sous la mousson de la jungle Népalaise qui borde Katmandou. Signature de papiers, protocole et préceptes à respecter, je lis en diagonale et me voilà à l’école des futures Bouddhas.

Le centre se compose du hall de méditation et des appartements qui le bordent. Les règles sont claires et strictes (à respecter toutes la durée des 10 jours) :

  1. Respecter le noble silence (ça ferait du bien à certaines personnes mais sinon noble, ça veut dire pas de paroles, pas de gestes, pas de regard. En gros regarde tes pieds et ferme ta gueule)
  2. S’abstenir de tuer toute créature vivante. Et oui même les moustiques ont la vie tranquille à Vipassana
  3. S’abstenir de voler. Vous vous rendrez compte qu’il n’y à rien à voler à Vipassana à part les caleçons de nos collègues de chambré.
  4. S’abstenir de toute activité sexuelle. De toute façon, hommes et femmes sont séparés. A moins d’être … oh et puis je ne préfère pas y penser !
  5. S’abstenir de mentir (on comprendra aussi que c’est difficile en observant le noble silence)
  6. S’abstenir de tout intoxicant (je m’abstiendrai donc de ma dose de crack quotidienne … oui maman c’est une blague !)

Vous l’aurez peut être compris, Vipassana c’est une prison spirituelle, et c’est volontaire. Toutes distractions ou activités pour l’esprit est strictement interdite. Pas de livre, pas de papier, pas de stylo, pas d’appareil photo, absolument RIEN n’est autorisé. Le but : l’isolement. Le programme de la journée est aussi dur à suivre :

4h00 : Réveil avec une p***** de cloche à la c**

4h30 – 6h30 : Méditation pour se mettre en forme le matin

6h30 – 8h : Petit déjeuné

8h – 9h : Méditation pour continuer

9h – 11h : Méditation encore

11h – 13h : Déjeuné

13h – 14h30 : Méditation pour bien commencer l’aprem

14h30 – 15h30 : Méditation pour bien continuer l’aprem

15h30 – 17h : Méditation pour bien terminer l’aprem

17h – 18h : Thé et une banane ! (hé oui pas de repas le soir)

18h – 19h : Méditation, allez pourquoi pas

19h – 20h30 : Cours sur la méditation (original hein ?!)

20h30 – 21h : Méditation pour finir sur une bonne journée de … de quoi déjà ? Ha oui méditation

Ce qui nous fait un total de 10h30 de méditation par jour. Pas mal pour un début !

Je voulais mettre la musique des chiffres et des lettres mais je n’ai pas trouvé !

Mais tout ça ne sont que des plannings et des règles qui ne me parlais pas vraiment à mon début, je vais donc maintenant vous racontez mon expérience, comment je les ai vécu.

Je n’ai malheureusement pas pu écrire mes pensées au jour le jour donc je vais vous le faire de mémoire (n’oubliez pas : pas de stylo, et pas de papier … à part du PQ !).

Me voilà donc à mon premier jour de l’expérience Vipassana. Nous sommes 7 dans la chambre. J’aurais l’impression de les connaître à la fin de l’aventure sans pour autant leurs adresser un seul mot (noble silence). Nous vivons ensemble cette expérience de la solitude extrême et heureusement que je sens leurs présences, c’est rassurant.

Le réveil est dure, très dure (4h du mat) et nous allons tous d’un pas lent et monotone vers le hall de méditation. Chacun trouve le coussin qui lui a été attribué et nous voilà assis pendant 2 heures dans un silence total. Le mien, le coussin H8 aura été le spectateur de mes étirements et souffrance pendant toute cette aventure. Seul consigne de méditation, écouter la respiration. Alors on écoute, on écoute, on écoute. Les douleurs commencent à se faire sentir après quelques minutes assis en position du tailleur alors on bouge, on bouge, on bouge et on cherche une posture confortable, je ne l’aurais jamais trouvé. Le temps est long, très long et on se concentre tant bien que mal sur la respiration. Les têtes tombent entre les jambes mais les « gentils » bénévoles sont là pour tirer notre coussin afin que nous reprenions la position digne d’un méditateur Vipassana : dos droit et tête haute. La cloche sonne et nous avançons à la chaîne vers la cantine pour que les bénévoles nous servent des louches de porridges dans des gamelles en métal, toujours dans le plus grand silence. Oui c’est assez spécial mes vacances, je l’admets !

Alors bien sur je me demande : « Qu’est ce que je fou là ? »

Je vous passe les détails sur les autres séances de méditation qui sont strictement identique. Et ce pendant 4 jours. 4 jours à observer la respiration. 4 jours, 10 heures par jour à se concentrer sur le souffle. C’est épuisant, fatiguant, ennuyant mais ça marche ! Le but de cette méthode de méditation basée sur le souffle est d’habituer l’esprit à se concentrer, à ne pas être vacillant avec le passé, le futur, les désirs, les aversions, …. Et ça marche, je sens mon esprit qui s’affine, qui est plus contrôlable, je suis respiration, je suis le souffle. Entendez bien que passer 10 heures par jour (et même plus car on a rien d’autre à foutre pendant les pauses) à écouter la respiration peut vous faire devenir … un peu fou !

Alors oui j’ai joué le jeu bien sûr, quoi faire d’autre ? Et mon esprit se calme. Moi qui est toujours tendance à analyser, projeter, étudier, cette fois je me calme, je suis calme spirituellement parlant. Je laisse le temps coulé simplement mais celui-ci reste toujours infiniment long.

Alors on s’occupe comme on peut pendant les pauses. C’est souvent allongé sur le lit à regarder le plafond où alors à déambuler comme un spectre dans le jardin du centre (j’avais oublié de dire que toute activité sportive est interdite). J’observe les autres et je me revois sourire en voyant un mec faire une ou deux pompes en cachette ou alors s’extasier devant une fleur. Les repas sont éternellement longs et c’est grain de riz par grain de riz que je mange mon Dhal Bat. Par moment, je me surprends à ne penser strictement à rien. Ca donne un peu l’air d’un légume mais ce n’est pas désagréable au final. Une ambiance d’asile psychiatrique un peu !

Mais la méthode que je vous ai décrite était simplement une introduction à la méditation Vipassana. Il est impossible de commencer Vipassana sans avoir pratiquer cette méditation qu’on appelle Anapana (basé sur la respiration donc). C’est à la fin du 4ème jour que nous est présentée la fameuse méditation Vipassana, le saint graal de tous les apprentis Bouddha, la quête de la libération des souffrances, la méditation pure.

Le but de Vipassana : Observer les sensations sur tout le corps. J’essaie de faire bref : l’observation des sensations à travers tout le corps et en faire l’expérience nous fait réaliser que chaque sensation est impermanente, Annitcha en pali, l’impermanence. Ainsi, à travers la méditation Vipassana, nous faisons l’expérience de l’impermanence des sensations et ainsi de l’impermanence de toutes choses. Le but est donc d’être libérer de l’attachement aux sensations agréables et à l’aversion face aux sensations désagréables. La morale est simple : puisque tout est impermanent, alors pourquoi s’y attacher. La puissance de la cette méditation, ce n’est pas de le comprendre, mais de le vivre.

Le travail sur l’observation des sensations et de leurs expériences est directement lié à l’esprit. Plus l’esprit s’affine et plus les sensations sont perceptibles. Plus les sensations sont perceptibles et plus l’esprit s’affine. On descend de niveau en niveau vers la racine de toutes les souffrances.

Alors on inspecte le corps, parti par parti, inlassablement à capter les sensations et effectivement, il y a des sensations partout, à chaque instant. Un esprit calme et assez fin permet de les sentir. Et on plonge, on plonge dans les profondeurs de l’esprit grâce à l’observation des sensations, porte vers les Sankaras où sont stockée toutes nos aversions et nos attachements, pour les tuer à la racine.

Malheureusement, je ne suis pas le plus discipliné des élèves et je tente par tous les moyens d’atténuer les souffrances dû à la posture de méditation. OUI c’est impermanent mais quand même, ça fait mal !

J’ai quand même l’immense fierté de vous présentez mon système d’atténuation de la souffrance : une écharpe. Alors que mes collègues spirituels tentent d’empiler coussin sur coussin pour trouver une position confortable mais très instable, j’ai, après plusieurs heures de recherche (j’ai eu le temps de réfléchir ne l’oublier pas) d’inventer le dossier sans chaise. La méthode est simple : nouer l’extrémité d’une écharpe sur votre cuisse gauche, faites passer l’écharpe dans le dos et terminer par nouer l’autre extrémité sur votre cuisse droite. Voilà vous avez un dossier des plus confortables. Par contre je ne garanti pas que vos jambes ne deviennent pas bleu à la fin d’une heure de méditation. Bref j’ai le loisir d’améliorer mon système avec nœud coulant diverses techniques pour faciliter sa mise en place.

Malheureusement, la méditation Vipassana doit aussi observer des règles plus strictes et plus dures. Nous n’avons plus le droit de bouger pendant la méditation ni d’ouvrir les yeux. Aie aie aie là c’est très très dure. J’abandonne mon système très vite quand j’ai eu l’impression d’avoir perdu mes jambes après être resté une heure immobile (je vous mets quand même au défi de rester 15 min en position du tailleur sans bouger, vous comprendrez mieux !).

Vipassana c’est donc un autre monde et c’est de trop pour moi. Après avoir passé 4 jours à inspecter mon souffle, me voilà à inspecter chaque centimètre carré de mon corps pour y ressentir un picotement, une pulsation, une vibration ou autres sensations. Et le corps, c’est con à dire mais … c’est grand, ya de la surface quoi ! Et c’est là que je perds patience. Je craque au bout du 6ème jour après une longue longue longue et interminable séance de méditation … d’une heure. Le temps s’allonge et c’est impressionnant ce que ça peut sembler long 1 heure quand on se fait vraiment chier.

Je quitte l’aventure sans dire un mot à mes camarades et je passe les portes du centre Vipassana avec mon sac sur mon dos. Seul à 10 bornes de Kathmandou. Un vrai sorti de prison et je souris, je chante sur le chemin. Quel bonheur. Finalement je l’aurais trouvé … en sortant.

Mais je reviens sur l’expérience (oui encore). Comprenez que je n’ai pas parlé pendant 6 jours et que je me venge sur mon blog même si j’ai bien saoulé le chauffeur de taxi en redécouvrant ma voix à la sortie du centre.

Vipassana c’est une expérience forte, très forte et surtout très bénéfique. J’ai beaucoup appris sur moi, beaucoup travaillé et j’en sors grandi. C’est une expérience à laquelle il faut être averti et prêt. Mes motivations n’étaient pas les bonnes pour terminer l’aventure dignement. Plus sur le challenge que sur la retraite spirituelle mais voilà, j’ai appris beaucoup sur les techniques de méditation qui sont vraiment passionnante et l’histoire d’un homme qui a atteint l’éveil il y a de cela 2500 ans : Gautama le Bouddha.

Vipassana c’est aussi le plaisir d’observer les autres. Tout le monde se fait royalement chier mais le concept est là : l’isolement. Alors oui ça peut rendre fou mais ça peut aussi libérer clairement l’esprit. Une expérience qui me marquera pour sûr. J’en garde un bon souvenir malgré les souffrances que j’ai enduré. Finalement ils avaient raisons : elles étaient impermanentes … comme ma présence parmi eux d’ailleurs !